Le vin, les vins, ma cave à vins...

et bien-sûr les dégustations BachiC FilleS.
Et lauréate du Wine Blog Trophy 2013.
Enfin tout ça quoi !

vendredi 30 mars 2012

vdv #44 : Rigolades et régalades en Val de Loire

par Anne Graindorge

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!! Je vous vois arriver les bras chargés !
Quel bonheur de pouvoir enfin nous trouver sans nos écrans !
Bien-sûr il y a toujours une bande de geeks (suivez mon regard...) qui ne pourront s'empêcher de twitter cette journée comme s'ils pouvaient la condenser en 140 caractères ..... pffff ... les naïfs ....
N'ayant pas encore d'iphone ou autre élément de ce genre (ce qui un jour ne saurait tarder), je suis alors tranquille pour tous vous rencontrer, vous voir, vous regarder, vous identifier et vous recevoir dans mon fief ligérien sans que vous n'ayez à parler à mes cheveux.

J'en reconnais certains (forcément...), d'autres avec une pointe (non légère) d'hésitation, d'autres euh ....
Il y en a qu'on aurait cru plus grands, d'autres plus petits, d'autres plus .... ou plus .... Je reconnais les accrochés à leurs convictions comme les branches à leur tronc, les décalés, les décapeurs, les incompris (si si il y en a), les pince-sans-rire, les débouchonneurs,  les filles comparant leur crocks, les jeunes fous dévalant les collines, les blagueurs pas piqués des vers, les travailleurs toujours sérieux dans leur rôle informatif, ceux qu'on ne voit que par petits bouts car toujours partis aux quatre coins de la France (voire du monde),  mais enfin vous êtes là, tous viti-vini-machin-choset-autroeno-gastro-culi-trucmuches, tous gourmands, et heureux de l'être .... et on va s'y donner !
Ah ah !!


La pointe du Véron (Vienne à gauche, Loire à droite)
Crédit photo : G. Rollin


J'aurais pu vous emmener dans un million d'endroits tous aussi charmants les uns que les autres, j'ai préféré vous emmener ici, à la pointe du Véron, et faire d'une pierre deux coups en vous faisant découvrir la Loire ET la Vienne. Oui très chers ! Parce-qu'elle est comme ça la Graindorge. Elle condense, concentre, comprime, comme le tee-shirt de Rémy engoncé dans sa boîte de conserve, pour que vous ayez tout vu en un même instant, essayant de résumer ce qui ne peut l'être car trop heureuse dans sa région et trop bavarde pour vos découvertes, débordant alors sur tout et même sur ce billet (je le sens). Ouf !



Candes-Saint-Martin
Crédit photo : http://www.montesquieu.over-blog.fr



Candes-Saint-Martin donc (de "candas" signifiant "confluent" en gaulois), un des plus beaux villages de France où, de la pointe du Véron, nous nous trouvons en pleine confluence, en pleine rencontre sur un lieu de croisement, éblouis par sa plus jolie vue.






La pierre de tuffeau rayonne comme pour mieux nous accueillir, les bois flottés se sont échoués ici pour nous servir de bancs, les saules de parasols, futreaux et gabarres ancrés sur leurs lieux de naissance bombent leurs courbes nous regardant, pas peu fiers de l'histoire de leurs aïeux, castors et autres animaux d'eaux douces nous espionnent de leur planque.



Nous allons nous régaler les yeux, le pif et le ventre !
Nous sommes prêts à ripailler, "fay ce que vouldras" comme disait si bien notre cher Rabelais et surtout "beuvez toujours, ne meurrez jamais" ...
Bon, passons aux choses sérieuses ... Qu'avez-vous apporter vous autres ?
Je vais vous faire déguster un pâté, vous m'en direz des nouvelles ! Fait maison, sur mon plan de travail et fini dans mon four, il se savoure avec un bon pain de campagne comme on n'en voit presque plus, les yeux fermés à la première bouchée. Après, vous pouvez revenir parmi nous, histoire d'échanger simplement et de rire à gorge déployée pour faire plaisir à la vie.
Ce n'est pas me gausser de vous parler de mon pâté, ce n'est pas moi qui l'ai préparé. Je suis une appréciatrice imprimante. Parfaitement, je savoure et j'imprime. Et c'est du boulot ! Je vous prie de croire qu'on peut aller à du plein temps à ce régime !
Fait avec du porc, des champignons, ail, oignons, laurier et origan, puis du rhum. Salé à point .... cuit à bonne convenance, refroidit comme il se doit, compter trois jours de vie pour un aspect légèrement rassis.
Je sais, en comparaison la spécialité culinaire ligérienne est plutôt rillettes de Tours, mais mais mais .... quoi de mieux à vous présenter que ceci pour accompagner un vin gourmand, couleur rouge-baiser, issu d'une agriculture poétique ? (tiens, un sujet d'article pour les blogueurs ça, non ? du style Antonin par exemple ... ;-))




Sorti tout droit des coteaux de La Roche-Clermault, un village chinonais situé sur la rive gauche de la Vienne, ce vin est tiré d'une histoire de trois copains qui ont su, il y a 3 ans, faire appel à leur famille et amis pour donner naissance au Domaine Alcofribas. Comme d'autres, et avec mon gaillard, nous formons un couple souscripteur.




Trois ans qu'on arpente les vignes pour effectuer les tâches salutaires en échange de prix cassés sur les boutanches. Trois ans qu'on tire, qu'on rassemble, qu'on ramasse, qu'on attache, qu'on cueille, qu'on entasse, qu'on empile ....
ou qu'on bouine, c'est selon ...

Je vous laisse au passage des souvenirs d'un bon moment passé avec ces copains à écouter ici, ou à lire et à écouter ici.




C'est qu'ils ont trouvé le bon filon les trois zèbres ! Bon forcément, entre un embouteilleur, un employé viticole et un prof, c'est qu'ils ont un sacré rythme à tenir ! Ils auraient quand-même pu réfléchir pour s'associer avec un chômeur !
Nous aurions pu être déçus, et dans ce cas nous nous serions tus. Nous aurions pu nous démotiver et nous ne serions plus venus. Mais depuis les premières vendanges, nous préférons revenir encore et encore, arpenter, nous courber, porter... Nous préférons nous installer aux premières loges, ne rien manquer d'un spectacle aussi beau que celui d'une naissance. Nous optons pour ces tâches salutaires pour regarder la vie pendant que ces trois gars l'accompagnent.

"Naissance" donc pour embellir vos intervalles routiniers.
 La cuvée 2009 a une couleur aussi gourmande que renversante, aussi craquante que scintillante, le nez, sens ouverts, nous emmène à l'orée des bois qui s'approche des ceps plantés sur le coteau, les fruits rouges sont là, frais, tout près, nous narguant pour aller les chercher.
La mise en bouche est exceptionnellement croquante et fruitée. Nos papilles pétillent en présence des fraises des bois et cerises sauvages, ce qui n'est pas pour déplaire à mon pâté en pleine effernescence. "Naissance", respectueux dans son élaboration l'approche, l'entoure ; gai dans son âme, le séduit et le titille ; persévérant dans sa finesse, l'accompagne avec galanterie ; capable de rechercher son essence et de quérir sa voie avant de se poser tendrement, est vivant.
On entend les éclats de rires dans son ventre, on les écoute encore dans sa rondeur, on les imagine dans sa gorge les libérant toujours un peu plus dans des vapeurs fructueuses. Un vin fait avec l'aide de 50, 30 personnes, ensemble, chacun donnant les instants de plaisir qu'il peut, tous soucieux de ses surprises.


Qu'il soit malicieux comme nos enfants qui cueillent ses grains et courent sur ses terres, farceur comme Alexandre qui fait éclater le jus des grains entre nos peaux et nos tee-shirts, jovial comme Eric dont on ne voit plus les yeux à chacun de ses sourires ou distrait comme Etienne un lendemain de fête, il est là.
Il a des choses à dire, on l'écoute alors avec attention, tous assis sur le rebord du verre qui le berce, les pieds pendants dans son jus. A son top départ, on plonge en toute liberté.
Peut-être ne suis-je pas suffisamment objective ?
Soit. Les affaires de goût le sont-elles ?




Cependant, ma modeste participation me permet justement de suivre l'évolution de cette cuvée (aussi des autres du domaine) et de l'aborder en étant plus critique.
Et comme Arthur H a dégusté, bu, validé et acheté, on y plonge de nouveau, histoire de faire les cons.



Alcofribas, présent à Vinaviva à Saint-Etienne-de-Chigny les 31 mars et 1er avril !



Arrive le moment d'une autre délectation toute aussi suprême : la tarte vigneronne.
Vous connaissez ?
Certains jurent par son origine chinonaise, d'autres bourgueilloise.
On s'en fiche. On dira qu'elle vient de Chigueil pour mettre tout le monde d'accord et cesser d'entendre les batailles de clochers.
Imaginez une pâte feuilletée d'une finesse délicieuse sur laquelle reposent des pétales de pommes recouverts de confiture de vin. Après cuisson, elle se mange par fines parts car très sucrée, et comme c'est meilleur de recommencer, nous y revenons sans se faire prier, et sans oublier le léchage de doigts qui fait bien entendu partie du protocole réglementaire.

Et là ... Là .... S'il-vous-plaît .... Permettez-moi de me retirer dans mes songes.
Je m'apprête à vivre un instant divin, promis on se retrouvera au moment du café.
Et quel bon compromis pour prendre du recul dans cette émulation de sourires et de rires avec vous tous !

Comme il n'est pas toujours facile de trouver chaussure à son pied, il n'est pas évident de trouver une convenance parfaite à la tarte vigneronne, ma foi délicieuse mais très très sucrée. Il lui faut du léger mais pas sans saveur, de l'aérien mais pas sans rien, de la frivolité sans bagatelle, de la douceur sans balourdise édulcorée.
A tous ces paramètres, j'ai trouvé si ce n'est la perfection absolue, du moins la rencontre angélique (c'est juste une question de nuances).

Il est des dégustations où le temps parle, même s'il n'est plus. C'est celui des copains, des voix, des rires, des discussions banales, des journées sympathiques, des courtes soirées d'hiver au coin du feu, des longues soirées d'été près du barbecue, à deux ou à six ... (avec du pâté maison par exemple)
Il en est d'autres où le temps est ailleurs.
Un rendez-vous avec soi pour peu qu'on accepte de s'inscrire en suspension et de s'accorder au secret ultime.
Pour essayer un parallèle, cela ressemble à un solo de guitare ou à une musique entendue, où chaque note liée les unes aux autres par une magie impitoyable, nous porte à nos sens intérieurs. Cette succession de touches finales nous brise l'intime et nous caresse l'âme. On voudrait que tout s'arrête et continue sur la seule onde d'une même seconde, selon les compréhensions et la résistance de chacun. On se retrouve toutes cellules rassemblées dans un espace-temps qui tient de l'ordre de la révélation, de la rareté, du recueillement, bref ... de tout ce qui s'implique à l'universel.

La finesse de cet accord est éblouissante de vérité. La baguette magique a fait foi.
Mais quel est donc ce jus qui sied tant à la tarte vigneronne ?
Ce jus ? Noonnn .... Princesse Achillée (prononcer A-ki-lé) pour vous émouvoir.


Sortie du Domaine Mosse (Saint-Lambert-du-Lattay), ses grains de raisin viennent de Faye-d'Anjou, un village d'à côté, à 21 km de Chalonnes-sur-Loire, point stratégique du confluent du Layon et de la Loire.
Princesse Achillée est un vin de France non millésimé, non chaptalisé, et tournant à 10°C sur l'échelle de Richter.
Une très jolie couleur ambrée aux reflets séduisants, tenant plus de l'oranger que du rosé. (Princesse Achillée n'est donc pas à la mode du rose pâle, et c'est tant mieux, on arrivera toujours à s'en dégoter ! N'est-ce pas Fabrice ?)
A peine sortie de son lit translucide, Achillée me cueille et m'allonge en mode ralenti façon western-prince-charmant (bon là, j'exagère un peu ...) dans une fleur de prunus rose à demi-ouverte, mon bras dépassant nonchalamment d'un pétale, un verre en main, une part de tarte vigneronne posée juste en-dessous sur l'herbe verte. Ses effluves retiennent tout leur soûl entre les paravents tiédis par le soleil, une brise me susurre sa légère fraîcheur en balayant un à un les cheveux de ma mèche.
Je ramasse ma part de tarte avant le départ d'une course de fourmis en transe sur les starting-blocks et me réinstalle l'air de rien me laissant conquérir par ces saveurs rayonnant à foison.

Il suffit d'une gorgée pour que je me métamorphose en joli terrain d'atterrissage tant convoité par les syrphes, abeilles, papillons et autres insectes à fine gueule.
Je suis fleur et mêmes fleurs. Petites, grosses, naissantes, parfumées, aux couleurs rose clair ou foncé, blanche ou crème, j'en ai plein la tête !
Achillée sait se placer en prolongement de la tarte vigneronne. Limpide et acidulée, elle se pare en fin de bouche d'un léger soupçon de caramel.
Je m'engourmandise, me délecte de cette adéquation exquise loin de vous tous et pourtant si proche de votre bonne humeur (de votre très bonne humeur pour certains d'ailleurs !) avant de me rasseoir sur la terre ferme, les fesses sur un bois flotté et les pieds en terrain humide.










Ah ! Il n'y en a plus ....



Bon alors, on le prend ce café ?
Et en musique siouplaît !

Et après ? Tous à la baiiiiiiiiiiillllllle !!!!!









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